Et le sevrage ?

Souvenez-vous, lors d’ un précédent article, j’évoquais le sevrage et je vous avais promis de développer. Aujourd’hui, je vous explique comment arrêter l’allaitement.

En tant que consultante en lactation, je suis convaincue que l’idéal pour un bébé est d’être allaité exclusivement pendant six mois puis que l’allaitement se poursuive après l’introduction des solides. Cependant la vie n’est jamais idéale et l’allaitement ne concerne pas uniquement le bébé mais aussi sa mère, vous. Un enfant veut toujours devenir grand et si on le laisse faire, un jour ou l’autre il se sèvre seul, mais pas toujours au moment où sa mère le souhaite, souvent même beaucoup plus tard (voir cet article sur cette question). Or vous pouvez avoir beaucoup de raisons différentes pour souhaiter sevrer. Cette décision  vous appartient et personne ne devrait se permettre de vous juger, que vous souhaitiez sevrer votre enfant ou au contraire que vous souhaitiez poursuivre l’allaitement, et ce, quel que soit l’âge de votre bébé.

Première chose importante, prenez le temps de la décision. Il est toujours possible de relancer une lactation si l’on change d’avis mais cela demande quand même beaucoup de temps et d’énergie que vous préfèrerez certainement passer ailleurs : dormir par exemple parce que bébé n°3 se réveille encore plusieurs fois par nuit et qu’entre ses réveils s’intercalent les cauchemards de fiston et les réveils pipi de grande fille (pas si grande que ça d’ailleurs).
Vous pouvez vous poser les questions suivantes : pourquoi ai-je envie de sevrer, qu’est-ce que j’en attends, est-ce mon désir ou celui de belle-maman, suis-je prête à faire les efforts nécessaires ? Si vous souhaitez sevrer pour que Ondine fasse enfin ses nuits, autant vous prévenir tout de suite que vous pourriez être déçue, le biberon règle parfois ce genre de soucis mais pas toujours. Si la pression est forte autour de vous pour vous inciter à sevrer, vous risquez de vous apercevoir un peu tard que vous regrettez votre décision.

Maintenant vous êtes vraiment décidée : vous ne voulez plus donner le sein parce que l’usage exclusif de votre corps vous appartient, vous reprenez le travail et n’avez pas envie ou pas la possibilité de tirer votre lait au travail, ou tout autre raison qui vous sont propres. Dès demain vous commencez le sevrage.

De quel sevrage parle t-on ? Quel est l’âge de votre bébé ? Vous voulez un sevrage rapide ou vous avez le temps ? Vous souhaitez conserver certaines tétées ou bien arrêter totalement l’allaitement ?

L’âge du bébé change beaucoup les conditions du sevrage. Un bébé de moins de 6 mois prendra des biberons de lait industriel pour remplacer les tétées supprimées, un enfant de plus de 6 mois pourra aussi remplacer certaines tétées par des solides, tout dépend si vous avez le modèle qui dévore tout ce qui lui tombe sous les doigts ou le modèle que rien d’autre que le sein n’intéresse jusqu’à fort tard. Un enfant de plus d’un an est désormais capable de bien faire comprendre sa volonté et de rester inflexible, votre propre volonté doit donc être sans faille si vous voulez que votre enfant accepte le sevrage.

Vous  avez le temps: vous voulez juste vous dire que dans quelques temps petit Sacha ne tètera plus ou bien le travail vous impose de supprimer trois tétées par jour. Ou bien vous souhaitez un sevrage rapide : vous devez vous faire opérer en urgence par exemple et ne pourrez pas poursuivre l’allaitement avec le traitement proposé (situation particulièrement rare il faut le rappeler), ou bien le ras-le -bol est trop grand et vous ne tiendrez pas 12h de plus (ce n’est pas de l’humour, certaines femmes en sont là pour des tas de raisons différentes).

Comment faire ? Dans les deux cas prenez soin de vos seins : le plus gros risque encouru lors du sevrage, ce sont les engorgements.

Pour un sevrage en douceur, que ce soit un sevrage complet ou la suppression de quelques tétées, commencer par supprimer une tétée par 24h (pas celle du matin qui est en général celle où l’on a le plus de lait), et attendre que ses seins soient confortables avec une tétée en moins. Cela peut prendre de un à plusieurs jours selon les femmes et leur lactation. Lorsque les seins sont confortables, on peut supprimer une tétée supplémentaire et ainsi de suite. Avec cette méthode , on peut obtenir un sevrage complet en une semaine pour les femmes  dont la lactation s’adapte très rapidement, dont le bébé a plus de quatre mois et qui ne sont pas en surproduction de lait ; ou en plusieurs semaines pour les autres. Le critère principal : être attentive à ses seins et aux possibles signes d’engorgement. C’est la méthode la plus douce, la plus confortable. Cela vous permet aussi un retour en arrière si finalement vous changez d’avis au bout de trois jours ou si vous avez finalement opté pour un sevrage partiel.

Si l’on veut un sevrage rapide, il faut s’attendre à plus d’inconfort. Vous pouvez supprimer toutes les tétées et utiliser un petit tire-lait manuel. Dès que vous sentez qu’un sein commence à durcir un peu ou à être douloureux, vous tirez un peu de lait, juste pour soulager le sein mais surtout pas plus pour ne pas relancer la lactation. Cette méthode est souvent inconfortable et certaines femmes devront tirer un peu de lait toutes les 2 heures ou plus pendant les premiers jours, ce qui n’est pas forcément pratique, surtout lorsque l’on a repris le travail : « Pourquoi tu t’absentes toutes les heures alors que tu ne fumes pas ? Oh, pour rien , je me soulage juste les seins…  » Hum…

A savoir : certaines plantes peuvent aider à faire diminuer la lactation à condition d’être prises en grande quantité : le persil et la sauge semblent être les plus efficaces. Un bon taboulé libanais à tous les repas pendant plusieurs jours, accompagné d’une infusion de sauge bien serrée trois fois par jour…

Et après ? Vous avez sevré votre bébé, vous êtes heureuse de ne pas avoir à vous en occuper seule à chaque fois qu’il pleure. Oui mais même sevré, il reste un bébé qui a besoin d’être porté, caliné, qui peut faire des cauchemards, avoir faim toutes les nuits et qui a fondamentalement besoin de vous, surtout si vous avez repris le travail et qu’il ne vous voit qu’une heure par jour (raison de plus pour qu’il se réveille pour vous voir la nuit). Il faut donc garder à l’esprit les besoins de tout bébé, allaité ou pas.

Et vous comment avez-vous sevré et surtout comment l’avez-vous vécu ?



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12 Commentaires

  1. Ah le sevrage…
    Alors moi, j’étais décidé à sevrer mon fils il y a un mois, il avait alors 5 mois et
    se réveillaits toutes les 2 heures la nuit. J’étais épuiser et je n’apprécais plus du
    tout les tétées. J’ai
    donc remplacé la tétée du soir sur laquelle il s’énervait par un bib et il ne se
    réveillait plus qu’une fois, je le bercais et il se rendormait sans manger.
    Peu de temps après, j’ai introduit les légumes le midi et est donc pasé à 4 repas par
    jour (une tétée le matin, midi légumes +tétée, 16h tétée et 20h bib). Il a maintenant
    6 mois et la tétée du midi a presque disparu (purée+compote) et j’adore ce rythme de 2
    tétées qui me va parfaitement. J’espère pouvoir continuer longtemps, j’ai toujours peur
    de ne plus avoir de lait… qu’avec 2 tétées mes seins ne soient pas assez stimulés…

    Merci pour ce blog, très interressant.

  2. @Deph
    Merci pour ton témoignage et pour tes encouragements. Chez certaines femmes, deux tétées suffisent pour maintenir la lactation, ça a l’air d’être ton cas :-)

  3. voici pour mon expérience : moi j’ai eu droit au sevrage facile lié à la grossesse suivante qui a diminué la production de lait. dernière tétée donc vers 21 mois, à 4 mois de grossesse, dans une période où j’avais pas mal de rdv le soir et donc la tétée du soir était de plus en plus remplacée par une tasse de lait avec papa. je n’ai rien forcé mais je n’étais pas une partisane de l’allaitement de 2 bambins en même temps, donc je comptais bien que la grossesse ferait son oeuvre. et comme le grand n’étais pas un partisan des tétées câlins, l’absence de lait a suffit. en plus avec la grossesse j’avais de moins en moins envie de cet allaitement, et ça s’est très bien combiné. situation idéale donc à mon sens ;-)
    BB2 a pris la relève depuis avec grande spontanéité!

    et pour Deph, j’avais repris le boulot quand BB1 avait 9 mois, on a donc très bien tenu avec 2 tétées par jour (3 le week end et pdt les vacances), même si j’avais aussi cette inquiétude au début. bonne continuation !

  4. @AnSo
    Ton témoignage est très intéressant car il illustre bien un certain nombre d’éléments physiologiques :
    La grossesse modifie la lactation puisque celle-ci s’adapte au futur bébé : dès 3-4 mois, le lait redevient du colostrum. C’est en effet une période propice pour sevrer : le grand n’a plus sa quantité de lait habituelle, (ça ne coule plus du tout à flot !!!), souvent il n’aime pas le « nouveau » goût du lait. Très souvent aussi, la maman ne supporte plus trop qu’un grand tête. Tout à coup, qu’est-ce qu’il parait grand ce bébé !
    Pour Deph, physiologiquement, il n’y a pas de raison qu’une glande mammaire en lactation depuis 9 mois, qui est dans son régime de croisière, involue totalement, même lorsque les quantités de lait produites diminuent brusquement. Désolée pour les termes techniques : lorsque tu donnes moins de tétées (ce qui est physiologiquement le signe d’un sevrage, puisque cela veut dire que le sein doit produire moins de lait) , la glande mammaire revient progressivement à son état d’avant la grossesse. On dit qu’elle « involue ». Après 9 mois, elle va involuer lentement, contrairement à ce qui peut se passer les premiers jours et semaines après la naissance d’un bébé, où, là, l’involution, donc le sevrage total, peut être extrêmement rapide.
    Mais rassure toi, même avec toutes les connaissances du monde, il est normal qu’un mère s’inquiète ! Les choses ne se jouent pas au même endroit ;-)

  5. Personnellement j’ai sevré très progressivement (en tout sur plus d’un mois) pour ma reprise du boulot autour des 3 mois du Poussin. L’article est très complet mais j’ajouterai que pour éviter l’engorgement il vaut mieux éviter de supprimer deux tétées consécutives. Et selon les cas, on peut vouloir garder les tétées de nuit ou au contraire les remplacer au plus vite par un bib. Attention aussi, certains bébés une fois qu’ils ont connu le biberon se désintéressent brutalement et complètement du sein, ce qui peut mettre à l’eau les plans soigneusement élaborés de sevrage progressif.

  6. @La poule pondeuse
    Merci pour cette précision. Il est tout à fait exact que certains bébés se mettent à préférer le biberon. J’en reparlerai dans un prochain article…

  7. J’ai allaité mes 3 enfants de manière differentes… et ce que j’ai appris de l’allaitement c’est qu’il ya autant de façon d’allaiter que d’enfant à venir …
    Pour mon premier le sevrage a été difficile : il refusé le bib …
    Pour mon deuxième, j’étais en congé parental, j’avais du temps devant nous et je l’ai allaité plus de an, ….cela a pris fin d’un commun accord, le coeur un peu pincé d’avoir céder à la pression sociale …
    Pour mon troisième, je pensais vraiment mener un allaitement long, étant en congé parental …mais c’est lui qui a refusé de téter vers 8 9 mois …il fallait que je le force…et cette situation était terrible. Il ne voullait pas pour autant un bib (puisqu’il le refusait) il mangeait à la cuillère un yaourth. J’ai vraiment eu du mal à accepter cette situation, me remettant en cause et cherchant à comprendre ce que j’avais fait ou pas et ce qui nous avait amenait là. Un jour, une rencontre avec une maman de nombreux enfants, m’a rassurée. Trois de ces huit enfants avaient décidé de ne plus téter du jour au landemain vers 8- 9 mois alors que d’autres avait téter jusqu’à 2 ans. Je me suis rassurée et j’ai tenter de comprendre ce qui ne ce comprend pas, à savoir laissé grandir ses enfants et les accepter comme ils sont et non comme on le souhaiterait même si cela m’a déchiré le coeur … j’avais du lait, que lui ne voulait pas …

  8. @ Cath
    Tu as parfaitement raison, chaque allaitement est différent : toi, tu n’es pas tout à fait la même, ton vécu avant la grossesse du bébé est différente pour chacun, chaque naissance est différente et puis, contrairement à ce que pensent les gens qui n’ont pas d’enfant, chaque nouveau-né a sa personnalité particulière, même dès qu’il sort du ventre. Etonnant, pourtant confirmé par toutes les mères. Les chercheurs sont en train de le découvrir ;-) Du coup, rien de semblable d’un allaitement à l’autre.
    Pour ton premier, j’imagine que ça a dû être très dur. Peut-être n’avais-tu, au fond de toi, pas du tout envie de laisser ce bébé-là.
    Je comprends que tu aies des regrets avec le deuxième sevrage : lorsque la raison du sevrer réside uniquement dans la pression de l’entourage, la partie de toi la plus profonde se sent mal : niée peut-être, incomprise certainement. C’est le besoin d’appartenance au groupe qui l’emporte au détriment d’autre chose. Une astuce pour les mamans dans ce cas là : modifiez, si c’est possible, votre groupe social, fréquentez d’autres mères qui allaitent des bébés plus agés que le votre. Cela vous permettra d’envisager les choses plus en lien avec vous-même.
    Quant au troisième, oui, je confirme, certains bébés se comportent ainsi vers cet âge-là. Pourtant, physiologiquement, ils ont encore besoin d’une alimentation essentiellement liquide. Que se passe-t-il dans la tête des bébés qui les poussent à vouloir grandir plus vite que la musique ? Mystère…
    Ce qui est terrible, c’est ce sentiment que tu exprimes de se sentir rejetée par le bébé « j’avais du lait, que lui ne voulait pas ». C’est un sentiment qui est vécu par beaucoup de mères et qui est très très dur à vivre. On commence à avoir des études sur le sujet : le risque de dépression est plus important que ce qui était habituellement admis (j’imagine que si tu exprimes ça à quelqu’un qui ne connait pas l’allaitement, il hausse les épaules d’incompréhension : tu as déjà allaité 8-9 mois, comment peux-tu te sentir mal ?..). Alors en plus, tu risques de te sentir incomprise, encore de quoi te sentir mal..
    Bon, pas facile, ces sevrages. Pas facile de voir un bébé grandir et se tourner vers autre chose…

  9. magali martinez

    bjr moi mon petit a bientot 3 mois et il refuse le lait en poudre j ai tous essayé mai rien ny fait il ne veu que mon sein il s énervé et apres il est inconsolable donné moi des technique meme en tirant mon lait il veut pas il a besoin de mon contact de me sentir je croit si quelqun peut m aider sa marengerai merci bcp

  10. @Magali
    Vous souhaitez sevrer ou c’est pour qu’il prenne du lait en votre absence ? Un enfant finit toujours par trouver la solution qui lui convient. Parfois il préfère attendre toute la journée pour retrouver sa maman et pouvoir téter. Si c’est pour un sevrage, s’il ne peut plus téter, il finira par accepter de manger autrement mais pas forcément au biberon, peut-être au verre par exemple…
    Bon courage !

  11. Le sevrage de mon loustic c’est fait tout en douceur vers ses 1 ans. J’allaitais seulement
    matin et soir depuis quelques mois.
    J’ai eu brutalement des douleurs insuportables au sein droit après les tétées. Je n’ai
    pas voulu contacter ma consultante en lactation qui aurait sans doute pu résoudre le
    problème, car j’y ai vu le signe qu’il était temps d’arrêter.
    On a donc arrêté la tétée du matin, et en quelques jours ma lactation s’est tarie, et
    mon bébé était tout content que je lui propose aussi un bib le soir, même si pendant
    quelques temps il n’a pas refusé une petite tétée calin avant d’aller se coucher.

  12. @Kaline
    Le meilleur des sevrages est toujours qui se passe bien pour la mère et l’enfant, et le vôtre avait l’air plein de douceur… Félicitation !

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