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Aborder son patron

Beaucoup de femmes se demandent s’il vaut mieux cacher le fait qu’elles tirent du lait ou en parler au travail.
La loi est de votre côté puisque vous avez droit à une heure pour tirer votre lait mais d’un autre côté cette heure n’est pas rémunérée, sauf si votre convention collective le spécifie. Certaines femmes craignent donc que cette heure soit déduite de leur salaire si elles mentionnent le fait qu’elles tirent leur lait.

C’est vous qui connaissez le mieux votre patron. Dans la majorité des cas, il semble préférable de dire que vous souhaitez tirer votre lait mais de ne pas aborder la loi. Comme la majorité des entreprises l’ignorent, elles ne retireront pas une heure par jour à votre salaire. Bien sûr, si l’on vous refuse le droit de tirer votre lait, vous devrez faire état du code du travail en votre faveur. Je vous suggère dans ce cas de prendre connaissance de votre convention collective avant de faire cette démarche pour savoir sur quoi vous appuyer. Vous pouvez également vous renseigner sur les précédents au sein de l’entreprise et faire remarquer que l’on déduit pas de leur salaire les pauses cigarette aux fumeurs.

D’autres femmes ont des conditions de travail suffisamment souples pour savoir qu’elles peuvent s’absenter deux fois vingt minutes sans que personne ne leur en fasse la remarque. Dans ce cas, vous n’êtes pas obligée d’en parler. D’autres encore savent qu’un tirage sur la pause du midi suffira et elles n’en parlent pas non plus.

C’est à vous de voir en fonction de l’ambiance régnant dans votre entreprise et de vos possibilités.

Si vous pensez qu’il est préférable d’en parler à votre patron mais que vous n’osez pas l’aborder, voyons ensemble quelle stratégie vous pouvez adopter.

Il vaut mieux, en règle générale, annoncer à votre patron (ou votre supérieur hiérarchique, ou votre DRH, tout dépend de votre situation) au retour de votre congé maternité, que vous allez tirer votre lait sur votre lieu de travail plutôt que de demander une permission. Vous lui laisseriez ainsi le pouvoir de refuser. Alors que si vous annoncez votre décision de la façon la plus naturelle, sans laisser la possibilité de refus, vous avez plus de chance que cela se passe mieux.

Avant la rencontre, visualisez la, dans ses moindres détails de la manière dont vous souhaitez qu’elle se passe : ce que vous allez dire, comment va réagir votre interlocuteur, ses questions et vos réponses, votre posture, votre respiration,… Il est important de contrôler votre respiration : si vous respirez calmement, cela vous évitera de paniquer et de laisser prise à votre interlocuteur.

Pensez également que votre patron a besoin de savoir que vous êtes prête à reprendre votre poste de façon efficace, que vous êtes toujours la personne que vous étiez avant votre départ. Pensez à votre présentation : soyez correctement habillée en fonction de votre poste, arrivez à l’heure, ne parlez pas de votre enfant en permanence à vos collègues ou pour justifier tout retard ou absence. Ainsi le fait que vous souhaitiez tirer votre lait passera beaucoup plus facilement, votre patron sera rassuré sur votre efficacité.

Enfin, souvenez-vous que vous ne risquez pas grand-chose : vous ne serez pas renvoyée pour avoir voulu tirer votre lait au travail.

Et vous, comment avez-vous parlé à votre patron ?

Articles en rapport :



 

Comment transporter son lait ?

Pour les femmes qui tirent leur lait se pose souvent la question du transport : pour rapporter le lait que l’on a tiré au travail, pour apporter le lait à la crèche ou à l’assistante maternelle,

Le lait peut être transporté à température ambiante ou au froid. Quand le trajet est court, par exemple dix minutes pour aller déposer petit poussin à la crèche avec le lait de la journée, le lait frais peut se transporter à température ambiante. Attention cependant, si c’est du lait congelé que vous transportez, à ne pas rompre la chaine du froid. Dans ce cas, vous avez besoin d’un contenant isotherme.isotherme

Par contre, si vous tirez votre lait au travail et que vous n’avez pas de réfrigérateur à disposition, vous aurez besoin d’une petite glacièreglacière qui vous permettra de conserver et de transporter votre lait sur la journée. Vous le mettrez au réfrigérateur à votre retour chez vous.

Si vous disposez d’un réfrigérateur sur votre lieu de travail, vous pouvez transporter votre lait à température ambiante en le remettant au réfrigérateur en rentrant.

En fait, vous devez toujours faire attention à ne pas cumuler les maxima de conservation. Mais le lait maternel se conserve et se transporte très bien.

Pour le matériel, certains tire-lait sont vendus ou loués avec un sac comprenant un compartiment isotherme, ce qui peut être très pratique. En ce moment, c’est aussi le moment pour trouver une petite glacière souple en supermarché (au rayon du matériel à pic-nique).
Pour le lait, préférez un pot ou un biberon bien fermé pour le transport car les sachets peuvent fuir. Il n’y a rien de plus rageant que de perdre les 200 ml tirés au travail dans le fond de votre sac…
Si vous apportez du lait congelé en sachet à l’assistante maternelle, pensez à placer le sachet dans une boite fermée pour récupérer le lait en cas de fuite.

Le soir, pensez également à placer dans le compartiment à glaçons de votre réfrigérateur les packs de réfrigération de votre glacièrefreezpack, sinon, vous risquez d’être très embêtée le lendemain matin.

Et si vous qui me lisez êtes chef d’entreprise, un frigo à la disposition de vos employées, ça aide !

Et vous, comment transportez-vous votre lait ?

Articles en rapport :

  • Le point sur les tire-lait
  • La conservation du lait maternel


 

Et la loi ?

code du travailLa loi française prévoit l’allaitement au travail. Les dispositions relatives à l’allaitement dans le code du travail datent de 1917. Elles ont été revues en 2007 et le décret d’application est paru en mars 2008.

Chaque salariée allaitant son enfant dispose pour ce faire d’une heure par jour sur son temps de travail jusqu’au premier anniversaire du bébé. Cette heure est divisée en deux périodes de trente minutes réduites à vingt minutes si le local d’allaitement est à l’intérieur des locaux destinés au travail.
Cette heure n’est pas rémunérée, sauf si la convention collective le spécifie.
Une salariée peut allaiter son enfant dans l’entreprise !
Chaque entreprise de plus de cent salariées doit prévoir des locaux dédiés à l’allaitement au sein de l’entreprise, dans des conditions d’hygiène très précises.
Le coût de l’installation et de l’entretien de ces locaux est entièrement à la charge de l’employeur.
Les femmes militaires bénéficient des mêmes droits.

Il est à noter qu’un contrat de travail peut inclure une clause spécifique à l’allaitement. Je vous recommande cet article de Martine Herzog-Evans, professeur de droit qui détaille ce à quoi vous avez droit.

Voici les articles du code du travail relatifs à l’allaitement :

Article L1225-30
Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail.

Article L1225-31
La salariée peut allaiter son enfant dans l’établissement.

Article L1225-32
Tout employeur employant plus de cent salariées peut être mis en demeure d’installer dans son établissement ou à proximité des locaux dédiés à l’allaitement.

Article R1225-5
L’heure prévue à l’article L. 1225-30 dont dispose la salariée pour allaiter son enfant est répartie en deux périodes de trente minutes, l’une pendant le travail du matin, l’autre pendant l’après-midi.
La période où le travail est arrêté pour l’allaitement est déterminée par accord entre la salariée et l’employeur.
A défaut d’accord, cette période est placée au milieu de chaque demi-journée de travail.

Article R1225-6
La période de trente minutes est réduite à vingt minutes lorsque l’employeur met à la disposition des salariées, à l’intérieur ou à proximité des locaux affectés au travail, un local dédié à l’allaitement.

Article R4152-13
Le local dédié à l’allaitement prévu à l’article L. 1225-32 est :
1° Séparé de tout local de travail ;
2° Aéré et muni de fenêtres ou autres ouvrants à châssis mobiles donnant directement sur l’extérieur ;
3° Pourvu d’un mode de renouvellement d’air continu ;
4° Convenablement éclairé ;
5° Pourvu d’eau en quantité suffisante ou à proximité d’un lavabo ;
6° Pourvu de sièges convenables pour l’allaitement ;
7° Tenu en état constant de propreté. Le nettoyage est quotidien et réalisé hors de la présence des enfants ;
8° Maintenu à une température convenable dans les conditions hygiéniques.

Article R4152-1
Les femmes enceintes ainsi que les mères dans les six mois qui suivent leur accouchement et pendant la durée de leur allaitement bénéficient, conformément à l’article R. 4624-19, d’une surveillance médicale renforcée.

Article R4152-2
Indépendamment des dispositions relatives à l’allaitement prévues par les articles L. 1225-31 etR. 4152-13 et suivants, les femmes enceintes ou allaitant doivent pouvoir se reposer en position allongée, dans des conditions appropriées.

Article R4152-14
Dans les établissements soumis à des dispositions particulières en matière de santé et sécurité au travail, le local dédié à l’allaitement est séparé de tout local affecté à des travaux pour lesquels ont été édictées ces dispositions particulières.
Cette séparation est telle que le local est protégé contre les risques qui ont motivé ces dispositions.

Article R4152-15
Les enfants ne peuvent séjourner dans le local dédié à l’allaitement que pendant le temps nécessaire à l’allaitement.
Aucun enfant atteint ou paraissant atteint d’une maladie contagieuse ne doit être admis dans ce local.
Des mesures sont prises contre tout risque de contamination.
L’enfant qui, après admission, paraît atteint d’une maladie contagieuse ne doit pas être maintenu dans le local.

Article R4152-16
Le local dédié à l’allaitement a une surface suffisante pour pouvoir abriter un nombre d’enfants de moins d’un an, compte tenu du nombre de femmes employées dans l’établissement.

Article R4152-17
Le local dédié à l’allaitement a une hauteur de trois mètres au moins sous plafond. Il a au moins, par enfant, une superficie de trois mètres carrés.
Un même local ne peut pas contenir plus de douze berceaux. Toutefois, lorsque le nombre des enfants vient à dépasser ce maximum, le directeur régional du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle peut en autoriser provisoirement le dépassement.
Lorsqu’il y a plusieurs salles, celles-ci sont desservies par un vestibule.

Article R4152-18
Le local dédié à l’allaitement ne comporte pas de communication directe avec des cabinets d’aisance, égouts, puisards.
Il est maintenu à l’abri de toute émanation nuisible.

Article R4152-19
Les revêtements des sols et des parois du local dédié à l’allaitement permettent un entretien efficace et sont refaits chaque fois que la propreté l’exige.

Article R4152-20
L’employeur fournit pour chaque enfant un berceau et un matériel de literie.
Il fournit également du linge en quantité suffisante pour que les enfants puissent être changés aussi souvent que nécessaire.
Le matériel et les effets sont tenus constamment en bon état d’entretien et de propreté.
Pendant la nuit, tous les objets dont se compose la literie sont disposés de manière à être aérés.

Article R4152-21
Le local dédié à l’allaitement est tenu exclusivement par du personnel qualifié en nombre suffisant.
Ce personnel se tient dans un état de propreté rigoureuse.

Article R4152-22
Il est tenu :
1° Un registre sur lequel sont inscrits les nom, prénoms et la date de naissance de chaque enfant, les nom, adresse et profession de la mère, la date de l’admission, la constatation des vaccinations, l’état de l’enfant au moment de l’admission et, s’il y a lieu, au moment des réadmissions ;
2° Un registre sur lequel sont mentionnés nominativement les enfants présents chaque jour.

Article R4152-2
Le local dédié à l’allaitement est surveillé par un médecin désigné par l’employeur.
Ce dernier fait connaître à l’inspecteur du travail le nom et l’adresse de ce médecin.
Le médecin visite le local au moins une fois par semaine. Il consigne ses observations sur le registre prévu au 2° de l’article R. 4152-22.
Un règlement intérieur signé par le médecin est affiché à l’entrée du local.

Article R4152-24
Le local dédié à l’allaitement est équipé de moyens de réchauffer les aliments. Ces derniers sont conformes aux prescriptions réglementaires prévues pour les établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans.

Article R4152-25
Des mesures sont prises pour qu’aucune personne pouvant constituer une cause de contamination n’ait accès au local dédié à l’allaitement.

Article R4152-26
Personne ne doit passer la nuit dans le local dédié à l’allaitement où les enfants passent la journée.

Article R4152-27
L’eau du local dédié à l’allaitement est à température réglable. Des moyens de nettoyage et de séchage appropriés sont mis à disposition.
Le matériel et les effets sont tenus constamment en bon état d’entretien et de propreté.

Article R4152-28
La rémunération du médecin et du personnel du local dédié à l’allaitement ainsi que la fourniture et l’entretien du matériel et des effets énumérés aux articles R. 4152-20 et R. 4152-27 sont à la charge de l’employeur.
Aucune contribution ne peut être réclamée aux mères dont les enfants fréquentent le local.

Article L1142-3
Est nulle toute clause d’une convention ou d’un accord collectif de travail ou d’un contrat de travail qui réserve le bénéfice d’une mesure quelconque, à un ou des salariés, en considération du sexe.
Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables lorsque cette clause a pour objet l’application des dispositions relatives :
1° A la protection de la grossesse et de la maternité, prévues aux articles L. 1225-1 à L. 1225-28 ;
2° A l’interdiction d’emploi prénatal et postnatal, prévues à l’article L. 1225-29 ;
3° A l’allaitement, prévues aux articles L.1225-30 à L. 1225-33 ;
4° A la démission de la salariée en état de grossesse médicalement constaté, prévues à l’article L. 1225-34 ;
5° Au congé de paternité, prévues aux articles L. 1225-35 et L. 1225-36 ;
6° Au congé d’adoption, prévues aux articles L. 1225-37 à L.1225-45.

Article R4138-4
Le militaire féminin peut bénéficier, sur demande, des autorisations d’absence pour allaitement prévues à l’article L. 1225-30 du code du travail.

Et vous, avez-vous demandé votre heure d’allaitement à votre employeur ?



 

Un « baromètre social » des femmes cadres

homme femmeLes media ne se sont pas pressés de diffuser cette information… La place des femmes, ce n’est pas encore un sujet porteur !
Merci à Tout pour elles et Du rose dans le gris de m’y avoir donné accès.

Les réseaux de femmes cadres se sont regroupés et ont souhaité mener une enquête commune auprès de leurs membres sur le thème de l’égalité professionnelle.

Les résultats sont édifiants :

  • 69% des femmes interrogées ne sont pas satisfaites de l’égalité dans l’accès aux postes de haut niveau.
  • 60% des femmes interrogées pensent que la situation des femmes ne s’est pas améliorée ou s’est dégradée ces deux dernières années dans leur entreprise.
  • 55% des femmes interrogées pensent que leurs congés maternité ont eu un impact négatif sur leur progression de carrière.

Voilà une preuve que le chemin reste long vers l’égalité professionnelle entre hommes et femmes.

Cependant :

  • 66% des femmes interrogées disent que leur environnement de travail leur permet une organisation flexible pour les aider à concilier vie professionnelle et vie personnelle.

Il ne reste plus qu’à étendre cette flexibilité aux salariées non cadres et aux hommes qui trop souvent n’osent pas en user.

Et vous, quelle est la situation des femmes dans votre entreprise ?

Etude réalisée pour : Les réseaux de femmes cadres
Etude réalisée par : LH2
Dates de réalisation : Du 13 mai au 3 juin 2009
Etude réalisée en ligne : 23 000 femmes cadres appartenant à des réseaux d’entreprises et/ou de grandes écoles consultées, 5 207 répondantes, soit un taux de retour de 22%.



 

Semaine pour la qualité de vie au travail

nl007Comme me l’ont rappelé Sylviane et le blog Modes d’emploi, jeudi a débuté la semaine pour la qualité de vie au travail qui a lieu du 11 au 19 juin. Cette année l’accent est mis sur le stress au travail.

Et l’allaitement dans tout ça ?
Et bien justement : une étude que j’avais menée avec une collègue il y a quelques années montrait que les femmes qui poursuivaient l’allaitement après la reprise du travail étaient moins stressées que celle qui avaient sevré avant la reprise du travail. Elles étaient convaincus que leur bébé aurait le meilleur lait en leur absence (le leur !) et cela leur permettait d’avoir l’esprit plus tranquille.
Or un salarié moins stressé est plus efficace dans son travail. Le bénéfice est donc pour tous : la salariée et son entreprise !

La qualité de vie au travail, cela passe également par la possibilité de concilier vie familiale et vie professionnelle dans les meilleures conditions. Les femmes qui le souhaitent doivent donc pouvoir utiliser l’heure d’allaitement prévue par le code du travail dans les meilleures conditions.

Vous l’avez compris, le respect du droit des femmes à allaiter leur enfant me tient à cœur. Qu’une femme souhaite sevrer son enfant au moment de la reprise du travail, je le comprends sans aucun problème ; mais qu’une femme soit contrainte d’arrêter son allaitement parce qu’elle n’a pas la possibilité de tirer son lait au travail ou parce que son patron l’envoie faire des déplacements de plusieurs jours trop souvent ou encore parce que la crèche refuse de donner son lait à son bébé, je trouve cela inadmissible.

Peut-être pourrait-on imaginer qu’un jour cette idée fasse son chemin et que les femmes n’aient plus à se battre pour faire respecter leurs droits. C’est en tout cas dans ce sens que je travaille…

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

La charte de la parentalité en entreprise

signature-blogC’est l’article de Solenne qui m’a rappelé que j’avais oublié de vous dire que Lactissima a signé la Charte de la parentalité en entreprise le 7 mai 2009 lors du premier anniversaire de Observatoire de la parentalité en entreprise.

Pourquoi ai-je pris la décision de participer à ce mouvement ? Lactissima propose aux entreprises de soutenir les femmes qui souhaitent poursuivre l’allaitement maternel au retour de congé maternité. Cela leur permet de reprendre le travail l’esprit tranquille, de poursuivre ce lien avec leur enfant et de mieux conjuguer vie familiale et vie professionnelle. Adhérer à la Charte de la parentalité était donc une évidence, la continuité de mon action au quotidien. Je ne pouvais pas passer à côté de cette signature. C’est pour moi une reconnaissance de ce que mon activité peut apporter aux salariés.

Que penser en général de cette charte ? 120 entreprises sont signataires, c’est donc qu’elles se sentent concernées par le statut parental de leurs salariés. En soi, c’est déjà une très bonne chose. De plus cela incite à parler du problème de la conciliation vie familiale et vie professionnelle.

Mais cette charte a tout de même ses limites : l’engagement est quand même assez vague : « Faire évoluer les représentations liées à la parentalité dans l’entreprise, créer un environnement favorable aux salariés-parents, en particulier pour la femme enceinte, respecter le principe de non–discrimination dans l’évolution professionnelle des salariés-parents ». Il n’y a aucun contrôle de prévu : les signataires font-ils les efforts auxquels ils se sont engagés ? Il n’y a pas même de rapport annuel à fournir.

L’initiative est donc très intéressante, il faut maintenant surveiller qu’elle se traduise en actes.

Et pour vous, comment se passe la conciliation vie familiale / vie professionnelle dans votre entreprise ?

Photo : Pascal Versaci



 

Allaiter et travailler : le soutien

coupleQuand on poursuit l’allaitement à la reprise du travail, le soutien est particulièrement précieux. Il permet de tenir le choc dans les moments difficiles : c’est tellement plus sympa de s’entendre dire « tu as tenu bon jusque là, tu vas y arriver, c’est génial ce que tu fais » plutôt que « Si tu es si fatiguée, tu n’as qu’à arrêter, le lait en poudre est fait pour ça ! ».
Cela permet également de pouvoir être entièrement à ce que l’on fait (rendre ce rapport urgent à gentil patron à 14h) plutôt que de penser en permanence « comment est-ce que je vais bien pouvoir m’éclipser discrètement pour tirer mon lait dans le placard à balai sans que la femme de ménage ne me voit », le stress occupe une bonne place dans la tête et ne permet pas de travailler correctement.
Et puis c’est tellement plus agréable de se sentir soutenue dans ses choix que de devoir se battre pour les imposer…

Les premières personnes qui peuvent vous soutenir sont vos proches et particulièrement le père de votre enfant. En général, quand une mère poursuit l’allaitement, le père s’investit plus dans les tâches ménagères (voir cet article), ce qui allège la charge de travail de la mère. Le père est celui à qui vous avez envie de confier vos joies et vos difficultés et c’est souvent le mieux placé pour vous remonter le moral. Après tout, ce que vous faites, vous le faites pour son enfant ! Le reste de la famille peut également être important : parents, beaux parents, frères et soeurs, tout soutien est bon à prendre.

Votre entreprise devrait également pouvoir vous soutenir : en mettant à votre disposition un local pour tirer votre lait, en vous laissant prendre les pauses dont vous avez besoin, en informant l’ensemble du personnel que tirer son lait est quelque-chose de normal pour éviter les remarques désagréables ou déplacées,… L’entreprise a tout à y gagner : les enfants allaités sont statistiquement moins malades et une mère stressée travaille moins bien.

Les professionnels de santé ont leur rôle à jouer. Le pédiatre devrait vous soutenir plutôt que de vous conseiller de sevrer si ce n’est pas votre choix. Votre médecin ne devrait pas mettre votre fatigue sur le dos de l’allaitement alors que le fait même de reprendre le travail avec un bébé est en soi très fatigant. Ils devraient être à même de vous fournir de l’information et du soutien.

Enfin, le soutien de la personne qui garde votre bébé est très important. Vous avez besoin qu’elle accepte de gérer votre lait pour ne pas en gaspiller par exemple ou tout simplement pour qu’elle accepte de donner votre lait (voir cet article). Si cette personne vous soutient, elle ne vous stressera pas avec des demandes irréalistes (du genre : « il me faut 800 ml de lait par jour ») et c’est tellement plus agréable de ne pas avoir de remarques désagréables deux fois par jour.

Le soutien n’est pas acquis d’avance en matière d’allaitement maternel. Vous allez devoir faire preuve de pédagogie envers vos proches et la personne qui garde votre enfant. C’est important qu’ils aient les informations sur le bien fondé de votre démarche. La meilleure preuve étant la preuve par l’exemple : « regardez comme mon bébé allaité se porte bien, je ne veux pas gâcher cela en le sevrant »… Cela peut bien marcher avec l’entourage. Avec la personne qui va garder votre enfant, il faut lui expliquer que ce n’est pas plus compliqué que le lait en poudre, que cela ne va pas alourdir sa charge de travail et surtout lui fournir toutes les informations sur la manipulation et la conservation du lait maternel.
Il est important également d’écouter ses craintes et ses réticences. Le dialogue est absolument nécessaire pour obtenir le soutien dont vous avez besoin.

Vis à vis de votre entreprise, la loi est de votre côté : vous avez droit à deux fois une demi-heure dans la journée pour tirer votre lait. Cependant, affronter véhémentement votre employeur n’est a priori pas la meilleure des solutions. Commencez plutôt par expliquer votre demande. Vous pourrez toujours ensuite sortir votre article de loi s’il refuse de vous entendre…

Malgré toute votre bonne volonté, vous n’obtiendrez sûrement pas le soutien de tous. Cependant, la neutralité vaut mieux que la réprobation et si personne ne vous fait de remarques désagréables, c’est déjà un grand pas de fait.
Vous pouvez également trouver du soutien auprès d’autres femmes ayant déjà vécu la même situation, au sein de votre entreprise ou dans des associations de mères (LLL, Solidarilait et bien d’autres).

Et vous, avez-vous reçu le soutien dont vous aviez besoin ?



 

Poursuivre l’allaitement lorsque l’on travaille en indépendant

infirmereLorsque que l’on parle de travail et allaitement, on trouve beaucoup de choses pour les salariées, mais si vous travaillez en indépendant ou en libéral, vous trouverez déjà beaucoup moins d’information. En effet, le terme de travailleur indépendant regroupe une grande variété de situations : du médecin qui travaille en libéral en cabinet, à l’infirmière qui se déplace à domicile, de l’avocat qui se rend au tribunal au développeur qui travaille chez lui la majorité du temps,…
En général, lorsque l’on est indépendant, il est nécessaire de maintenir sa clientèle et l’on reprend son travail tôt, d’où l’importance de bien installer sa lactation, en tirant son lait si besoin, si l’on veut pouvoir poursuivre son allaitement quelques mois ou plus.

Quelles sont donc les différentes situations d’une femme travailleur indépendant, ses contraintes et ses « trucs » à savoir ?
Tout d’abord, vous pouvez travailler à temps partiel, à plein temps, voir à temps hyper-plein. En effet, un indépendant doit travailler souvent beaucoup plus de 35h pour s’en sortir. Du coup, vous devrez avoir une organisation en béton et ce sera parfois difficile de trouver du temps pour tirer son lait.
Si vous travaillez à temps partiel, cela vous permet souvent d’être plus souple sur l’organisation de votre emploi du temps et de pouvoir y caser une tétée de temps en temps ou un tirage de lait au bon moment. Si vous êtes à temps plein avec des horaires réguliers, votre situation se rapproche de celle d’une salariée.

Si vous travaillez chez vous, trois situations sont possibles : votre bébé est gardé à l’extérieur, il est gardé chez vous ou bien c’est vous qui vous en occupez. Dans cette dernière situation, vous pouvez bien sûr continuer l’allaitement exclusif sans avoir besoin de tirer votre lait régulièrement, sauf en cas de rendez-vous. Cependant, vous êtes toujours à l’affût du moindre moment de sommeil de votre progéniture pour pouvoir travailler et c’est souvent épuisant nerveusement. Si votre bébé est gardé chez vous, vous avez tout intérêt à vous isoler pour travailler : bien sûr, petit-dernier préfère vos bras à ceux de la nounou et les réclame à corps et à cris et si vous l’entendez pleurer, c’est très difficile de continuer à coudre ce charmant tablier dont cliente adorée attend la livraison depuis hier. Donc l’isolation phonique est importante. L’avantage de la situation c’est que bébé peut venir prendre une tétée de temps en temps et vous n’êtes pas forcée de tirer votre lait, ou bien vous choisissez de tirer votre lait mais vous le faites chez vous, au moment qui vous convient et dans les meilleures conditions. Cela s’applique également si votre bambin chéri est gardé en crèche ou chez une assistante maternelle : vous pouvez travailler au calme et tirer votre lait dans les meilleures conditions d’hygiène, d’intimité et de conservation. Rien ne vous empêche alors d’utiliser un système permettant de maintenir les téterelles du tire-lait et de continuer à travailler.

Si vous travaillez en cabinet, rien ne vous empêche d’organiser votre emploi du temps de manière à garder des plages pour tirer votre lait ou pour que la personne qui garde votre bébé vous l’amène pour une tétée. Au moins, vous avez un bureau pour vous isoler et vous êtes en général maitresse de votre emploi du temps.

Si vous travaillez en visites à domicile, cela se complique un peu : soit vous vous déplacez à pied ou en transports en commun, soit vous vous déplacez en voiture. En voiture, il possible de tirer son lait très discrètement avec un petit tire-lait fonctionnant sur batterie ou que vous pouvez brancher sur l’allume-cigare. Un châle peut vous couvrir et personne ne s’apercevra de rien. Je sais, cela peut paraître difficile à croire mais certaines mères l’ont fait sans problème pendant plusieurs semaines. Si vous n’êtes pas en voiture, vous n’avez pas d’espace personnel. Vous pouvez imaginer de demander à votre client au moment de la prise de rendez-vous téléphonique s’il peut vous prêter une pièce un quart d’heure pour tirer votre lait mais il faut être très à l’aise et ne pas avoir peur de surprendre… Sinon, vous pouvez essayer d’organiser votre emploi du temps de manière à passer voir votre bébé une ou plusieurs fois dans la journée pour des tétées, ou bien opter pour un allaitement mixte : vous allaitez complètement votre bébé lorsque vous êtes avec lui et il prend du lait en poudre quand vous n’êtes pas là.

Si vous n’avez qu’un seul client à la fois et que vous travaillez dans son entreprise, votre situation est proche de celle des salariées de cette entreprise et vous pouvez tout à fait utiliser l’infirmerie s’il y en a une ou un bureau pour tirer votre lait. Meilleure est votre relation avec votre client, plus ce sera facile. Il ne faut pas hésiter à signifier votre besoin d’un endroit isolé pour un quart d’heure deux fois par jour, cela ne pénalise pas votre client.

Une des caractéristiques commune à ces professions c’est que vous dépendez de vos clients et ne maîtrisez pas toujours votre emploi du temps qui peut toujours être chamboullé au dernier moment. Il est alors très utile d’avoir un stock de lait au congélateur qui vous permettra de ne pas stresser si vous n’avez pas pu tirer suffisamment sur une journée. Dans un cas comme celui-ci, vous pouvez également avoir la désagréable surprise de sentir votre lait se mettre à couler au beau milieu de cette audience où vous devez prendre la parole dans cinq minutes : auréoles sur les vêtements interdites ! Un petit truc qui peut aider : l’utilisation de coussinets en silicone type Lilypadz. Ils sont très efficaces et vous êtes assurée de ne pas subir une des pires gênes de votre vie… Dans le même stock de trucs : évitez les vêtements unis noirs ou blancs : le blanc devient transparent lorsqu’il est mouillé, le noir ne cache absolument pas les auréoles. Optez plutôt pour des tissus bariolés, pas trop près du corps, ils seront plus discrets en cas de perte de lait.

Et vous comment avez-vous fait ? Quelles ont été vos astuces ?



 

Allaiter et travailler, un facteur d’égalité homme-femme

egalite-hfAssocier les expressions « allaitement » et « égalité homme-femme » en France peut paraître un brin provocateur. Dans notre pays, les courants féministes ont plutôt cherché à développer l’alimentation artificielle, justement pour plus d’égalité homme-femme. Or la poursuite de l’allaitement maternel à la reprise du travail peut être un facteur de développement de cette égalité, d’un point de vue professionnel mais aussi du point de vue du partage des tâches domestiques.

Du côté professionnel, ce sont en général les femmes les plus pénalisées lorsqu’un enfant est malade, ce sont encore elles qui s’absentent le plus souvent pour s’en occuper. Or ces absences à répétition nuisent au bon déroulement d’une carrière.
On sait aujourd’hui qu’un enfant allaité est statistiquement significativement moins malade qu’un bébé au biberon. Une femme qui poursuit l’allaitement après la reprise du travail est donc beaucoup moins souvent absente et moins pénalisée d’un point de vue professionnel. Cela lui permet d’être sur un pied d’égalité avec les hommes de son entreprise.

D’autre part, certaines femmes reculent le plus longtemps possible la reprise du travail afin de retarder le moment du sevrage. Quand une femme sait qu’elle peut poursuivre l’allaitement tout en travaillant, elle peut faire le choix de reprendre le travail plus tôt pour ne pas nuire à sa carrière et parce que son travail lui plaît. En cela également elle se met sur un pied d’égalité avec les hommes de son entreprise.

Bien évidemment, tout cela n’est possible que si le fait de tirer son lait au travail devient quelque-chose de normal, admis par tous et ne sucitant aucun commentaire déplaisant.

Du côté domestique, la poursuite de l’allaitement nécessite souvent un nouveau partage des tâches. Lorsqu’une femme retrouve son bébé en rentrant du travail, la plupart du temps, elle lui donne à téter et personne ne peut prendre ce temps à sa place. Il faut également qu’elle nettoie son matériel pour le lendemain et éventuellement qu’elle fasse un tirage supplémentaire le soir. Elle ne tient pas souvent le coup si son conjoint ne prend pas sa part des tâches domestiques, ne serait-ce que pour s’occuper des enfants plus grands ou préparer le repas. Ce choix de la poursuite de l’allaitement implique également l’homme et la femme n’est plus la seule à faire une double journée.

Enfin, certaines femmes prennent un congé parental pour pouvoir poursuivre l’allaitement. Si elles peuvent à la fois reprendre le travail et poursuivre l’allaitement, le père peut aussi prendre un congé parental. C’est un nouveau choix possible.

C’est finalement ça le plus important : que les femmes aient désormais de vrais choix : arrêter ou poursuivre l’allaitement, reprendre le travail rapidement pour gérer sa carrière ou profiter de ses enfants, ne pas être pénalisée par les absences pour maladie de l’enfant, choisir qui dans le couple prendra un congé parental.
Une femme peut ainsi garder sa spécificité de femme (elle est la seule à pouvoir allaiter son enfant) tout en développant ses compétences professionnelles au même titre que ses homologues masculins. N’est-ce pas cela la vraie égalité homme-femme ?