Allaiter et travailler : le témoignage de Camille

allaitement et travail

  • Quel choix avez-vous fait au moment de la reprise du travail : sevrage ou poursuite de l’allaitement ? Pourquoi ?

J’ai repris mon travail quand mon bébé avait 3 mois.

Les débuts de l’allaitement ont été difficiles. Pendant 3 jours à la maternité, mon bébé n’a pas su téter et personne ne m’a aidée, on m’a juste sommée de donner des biberons. Depuis, je suis plus motivée et déterminée que jamais à allaiter mon bébé, et à l’allaiter longtemps.

Je voulais continuer l’allaitement exclusif. J’avais peur de manquer de lait si je passais à l’allaitement mixte. J’ai vu beaucoup d’amies arrêter l’allaitement pour cette raison. Je voulais aussi pouvoir allaiter exclusivement pendant les weekends et les vacances, et j’avais peur que ma lactation ait du mal à s’adapter en cas d’allaitement mixte en semaine.

  • Comment vous êtes-vous organisée ?

J’en ai discuté avec Véronique Darmangeat et j’ai beaucoup lu le site A tire d’Ailes. J’ai décidé de tirer mon lait tous les jours au travail pour le lendemain.

Mon bébé est gardé par une assistante maternelle. Elle a tout de suite été d’accord pour donner à David mon lait tiré, même si elle n’avait jamais fait ça avant. La seule condition était que David accepte le biberon, ce qui était le cas.

J’ai loué le tire-lait Améda Lactaline. D’ailleurs, au bout de 10 mois de location, ils me l’ont vendu pour 20 euros. Je le conseille pour son sac à main pratique, sa glacière et son double pompage doux et efficace. Les point faibles sont la fragilité des valves (à remplacer tous les 3 mois environ) et du transformateur (j’en suis au 3e).

J’ai pris contact avec l’infirmerie de l’Université Paris 6, où je travaille. Ils réservent une salle pour que les femmes qui allaitent puissent tirer leur lait tranquillement. Ils laissent aussi le frigo de l’infirmerie à disposition pour y stocker les biberons de lait. Les infirmières sont adorables.

Concrètement, je passe tirer mon lait entre 2 et 3 fois par jour, selon ma lactation. En cas de lactation très poussive, je tire 4 fois. Chaque tirage prend 25-30 minutes. Le tirage en lui même prend 10 minutes, et j’ai acheté la brassière main libre de Mamanana pour pouvoir travailler en même temps. Le reste du temps est dédié au chauffage du lait pour détruire les lipases, à la vaisselle, puis au remplissage et étiquetage des biberons.

J’avais commencé à faire des réserves de lait congelé avant la reprise. Ça m’a permis de reprendre sans stress. Mais au final, non seulement je n’ai jamais utilisé ces réserves, mais en plus j’ai tout jeté (>3 L !) quand je me suis rendue compte que mon bébé était allergique aux Å“ufs par le biais de mon lait. Maintenant, je garde maximum 500 mL de réserve au congélateur.

  • Quelles ont été vos principales difficultés ?

1) L’épuisement à cause des reflux
Mon bébé, depuis sa naissance, a des gros problèmes de reflux internes. C’est d’ailleurs Véronique Darmangeat qui l’a diagnostiqué quand il avait 1 mois, alors que je galérais et qu’aucun médecin ne me prenait au sérieux. A chaque tétée, au bout d’1 minute, il se tordait et hurlait de douleur. Et il était impossible de l’allonger. Il ne dormait que dans mes bras ou l’écharpe de portage. Et il tétait (et tète toujours !) toutes les heures, jour et nuit !
Pendant 3 mois, j’ai essayé en vain le faire dormir incliné dans son lit. J’ai tout essayé, même un magnifique parachute de proclive. J’étais épuisée. Alors à la reprise du travail, j’ai pris une décision radicale : je ne me fatiguerai plus à essayer de l’allonger, il dormira toute la nuit dans l’écharpe. De 3 mois à 7 mois, il a ainsi dormi dans l’écharpe, pendant que je dormais assise contre des coussins. Cette position inconfortable, en plus des tétées toutes les heures et des crises de reflux à gérer, m’a épuisée. Mais c’était un moindre mal par rapport à l’épuisement d’avant cette décision.
A 7 mois, il m’a fait comprendre qu’il se sentait trop à l’étroit pour dormir dans l’écharpe. J’ai donc décidé de l’allonger à côté de moi, sur un gros oreiller pour lui sur-élever le haut du corps. J’ai redécouvert le confort du sommeil allongé. Mais ce sommeil est devenu plus court, puisqu’il faut que j’attende au moins 15 minutes pour le reposer après chaque tétée. Sinon, il se réveille en se tordant au bout de 2 minutes. Ça ne me laisse que 30 minutes de sommeil chaque heure. Parfois, même en attendant la fin de la digestion, je n’arrive pas à le poser, il dort alors dans mes bras. Quand il va bien, il dort aussi dans mes bras, car je m’endors avant de la poser.
Il a maintenant presque 14 mois. Ça va mieux, il arrive parfois à dormir 2 h d’affilée. Mais les nuits restent encore difficiles, avec au moins 7-8 tétées et plusieurs crises de reflux à gérer chaque nuit. Et ça, c’est quand il va bien, je ne parle pas des angines.

2) Les lipases
Avant la reprise, tous les dimanches, j’allais à la piscine. Mon mari gardait mon bébé et lui donnait mon lait tiré au biberon. Du jour au lendemain, vers 2 mois, il a commencé à refuser le biberon, puis à hurler quand on lui proposait. Mon mari a essayé de lui donner au verre, rien à faire. J’ai goûté le lait et il avait mauvais goût. Je me suis alors souvenu de l’article sur les lipases sur le site A tire d’Ailes. J’ai goûté le lait fraîchement tiré, il était délicieux. Au bout de 15 minutes, il était devenu mauvais. J’ai appliqué la méthode anti-lipase : chauffage quelques minutes à 60°. Et là , miracle ! Le lait restait bon, et mon bébé le prenait de nouveau, que ce soit au biberon ou au verre.
Depuis, je chauffe mon lait tout de suite après le tirage. Je verse le lait tiré dans un biberon fin en verre que je plonge au bain-marie dans une bouilloire. Je surveille la température avec un thermomètre de cuisson. Pendant ce temps de chauffage, je nettoie tout le matériel.

3) Les phases de lactation insuffisante
Il y a des jours où je tire moins, sans que je n’ai pu corréler cela à la fatigue ou à aucun autre facteur. Je compense les jours où je tire plus.
Le gros problème de lactation a eu lieu quand j’ai commencé un régime draconien pour éviter tous les allergènes potentiels pour mon bébé. Après 2 semaines de régime, il a commencé à aller nettement mieux et à avoir plus d’appétit. De 200 mL par jour chez la nounou, il est passé à 350 mL ! Ma lactation a mis plusieurs semaines à s’adapter à cette nouvelle consommation. Je me suis gavée de fénugrec pendant cette période.

4) Les problèmes techniques et étourderies
Valves abîmées, valve perdue, biberons ou bouchons de biberons oubliés, pannes de transformateur, piles du thermomètre usées, lait oublié le soir dans le frigo de l’infirmerie Les problèmes techniques et étourderies sont rares mais très gênants ! A chaque fois, j’y perds une demi-journée de travail. Heureusement, mon travail, flexible, me le permet.

5) Les critiques des pédiatres
Mon bébé a un rythme très atypique. Ses reflux y sont probablement pour quelque chose. Il tète toutes les heures jour et nuit, au sein comme au biberon (chez la nounou). Chez la nounou, il n’a jamais pu avaler des biberons de plus de 50 mL. Les pédiatres trouvent ça très bizarre, eux qui ont appris qu’il fallait espacer les tétées d’au moins 2-3 h et qu’à tel âge, les biberons doivent faire tant de mL. Au début, c’était des recommandations plus ou moins insistantes. Puis vers 2 mois, mon bébé a cassé sa courbe, comme c’est souvent le cas des bébés à reflux. Entre 7 mois et 13 mois, il n’a pris que 100 g. Les recommandations sont devenues de vrais sermons culpabilisants. C’est de ma faute s’il ne grossit pas et s’il a des reflux, c’est parce qu’il tète trop souvent ! Je suis plusieurs fois rentrée déprimée de la PMI, et heureusement que Véronique Darmangeat et des monitrices de La Leche League étaient là pour me consoler. La fréquence des tétées n’est pas la cause des problèmes, c’est au contraire un moyen pour mon bébé de moins souffrir… Puis vers 11 mois, on lui a découvert une grosse anémie. Là , ce n’étais plus seulement le rythme, mais l’allaitement tout court qui était pointé du doigt. On m’a sommée de donner du lait de croissance. Heureusement, depuis, mon bébé est supplémenté en fer et son anémie s’est résorbée sans recours au lait de croissance.
Je pense que je peux écrire un bêtisier avec tout ce que j’ai entendu par les pédiatres sur l’allaitement : « S’il se réveille en hurlant, c’est un problème d’éducation » (quand mon bébé avait 7 jours); « L’allaitement à la demande, c’est bien dans les villages en Afrique, mais c’est incompatible avec notre mode de vie » ; « Le lait maternel, c’est infecte » ; « En tétant si souvent, il ne peut pas connaître les sensations de faim et de satiété » ; « Il fait 5kg, il doit faire ses nuits » ; « Les allergies par le lait maternel, c’est un mythe » ; « A force de téter, il va avoir des problèmes plus tard avec l’oralité ».

  • Quels ont été vos meilleurs moments ?

Quand mon bébé est calme et sans reflux, chaque tétée est un moment de bonheur. C’est magique. On se regarde les yeux dans les yeux, on se câline, on se caresse, on papote avec des « Hmm hmm hmm ». Parfois, il sourit ou rit avec mon sein dans la bouche, c’est trop mignon.
Les nuits sont dures, mais ce sont aussi des moments de tendresse. S’il faisait ses nuits, je ne le verrait que 1 h le matin et 2-3 h le soir. Quand je l’entends se réveiller à côté de moi, je le prends dans les bras à moitié endormie, sans m’en rendre compte, instinctivement. Je le serre contre moi, il cherche le sein dans le noir et se met à téter, les yeux fermés. Ça aussi c’est magique.

  • Qu’est-ce que vous souhaiteriez dire aux mamans qui doivent faire un choix dans les semaines à venir ?

Continuer l’allaitement exclusif en travaillant, c’est faisable et ça vaut la peine d’essayer.

  • Ce serait à refaire, vous referiez le même choix ? Que changeriez-vous ?

Je referais exactement le même choix. Mais si c’était à refaire, je me serais mieux renseignée sur l’allaitement avant l’accouchement, ça m’aurait épargné bien du stress, des ennuis, des mauvais conseils de médecins et des coups de déprime. J’aurais aussi pratiqué le co-dodo dès le départ.
Aujourd’hui, mon bébé a bientôt 14 mois, je souhaite continuer à l’allaiter en travaillant aussi longtemps qu’il le désire.

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9 Comments

  1. Quelle détermination malgré les obstacles et quelle douceur !
    j’en ai les larmes aux yeux, tant je me retrouve dans ce témoignage : les nuits passées à moitié assise, les jambes qui font souffrir, puis les nuits enfin allongée mais entrecoupées de réveils incessants, puis debout à essayer de la faire digérer, parfois pendant 45 mn…Les réflexions des médecins, pédiatres, etc…avec tous leurs conseils erronés…J’ai pratiqué le co-dodo dès la naissance, mais Eliott n’a jamais fermé l’oeil sur le dos, même avec un lit très incliné…Il a enfin réussi à dormir 1h d’affilée lorsque je l’ai couché sur le ventre, il avait 3 semaines… Et là , j’ai eu des commentaires extrêmement désagréables et culpabilisants, mais j’ai suivi mon instinct malgré tout, et je n’ai (presque) plus rien écouté d’autre; mon bébé avait terriblement besoin de dormir, il n’y arrivait pas à part sur le ventre, que faire d’autre ? Eliott a 7 mois maintenant et ça continue, je suis épuisée mais je continuerai à l’allaiter aussi longtemps qu’il le souhaite, ça lui permet de moins souffrir.Et dans cet épuisement dû à ce problème de reflux, il me semble que l’allaitement est une des choses qui me fait tenir, même si je dois faire 11 tétées par 24h.

    • @Clara
      Merci pour votre témoignage. Ce genre de situation est tellement épuisant pour les parents et pour les bébés et l’on rencontre tellement d’incompréhension !!!

    • Bonjour Clara,
      ma pauvre, quelle galère ces reflux… j’espère qu’Eliott ira bientôt mieux! En attendant, bon courage pour surmonter l’épuisement et les commentaires des médecins et de l’entourage!
      Je te rejoins quand tu dis que l’allaitement est une des choses qui te fait tenir. Beaucoup de gens pensent que c’est l’allaitement qui nous épuise, mais en réalité, c’est le contraire. C’est ça qui nous procure les moments les plus magiques, qui nous rappelle combien nous sommes viscéralement attachées à ce petit être pour lequel nous sommes prêtes à tout, qui nous pousse à n’écouter que notre bébé et notre instinct.
      Bon courage et bon allaitement!

  2. la grogniasse

    Je nous retrouve également parfaitement dans ce commentaire.
    Avant de reprendre le travail, je suivais à la lettre les conseils épuisants de mon pédiatre : pas plus de 5 tétées par jour (et encore!), éviter à tout prix les tétées de nuit, surtout ne pas dormir avec lui…
    Quand j’ai repris le travail, mon petit garçon avait changé de couloir de prise de poids et de taille. D’après le pédiatre, c’était assez normal.
    Puis, avec la reprise du travail, j’ai décidé qu’il n’était plus possible que je passe la nuit à rebondir sur un gros ballon de gym avec mon petit dans les bras, pour essayer d’atténuer ses hurlements et qu’il téterait autant qu’il voudrait, car j’avais surtout besoin de dormir.
    J’ai aussi arrêté de culpabiliser de ne pas réussir à le poser allonger dans son lit (absolument impossible), et j’ai accepté qu’il dorme dans mes bras.
    Et je me suis rendue compte qu’en suivant les demandes de mon bébé, en me laissant guider par lui, la vie devenait beaucoup plus facile.
    Bien sûr, j’aurais trouvé plus simple que mon bébé soit tout comme dans les livres, et qu’on ne me regarde pas de travers. Mais c’est comme ça!
    Je ne saurais jamais si les hurlements de mon bébé étaient dû à un reflux… mon pédiatre trouvait l’idée absurde… peu importe.

    Si je n’avais pas allaité, je ne sais pas comment j’aurais pu gérer cette situation. C’est tellement pratique! Parfois, je ne me souviens même pas qu’il m’a réveillé la nuit.

  3. Quel parcours ! Je comprends parfaitement l’épuisement -et le ressens presque encore- et compatis +++. Même si je suis loin d’avoir vécu votre galère !
    On trouve toujours pire que soit, c’est bien les témoignages 😉
    Bravo pour votre ténacité!

    Et le bêtisier, c’est une bonne idée! En collaboration avec Véronique ? Là , je pense que vous avez gagné la palme d’or en nombre et absurdité des remarques !

  4. Un IMMENSE bravo à toi Camille pour ce parcours du combattant et pour ce témoignage qui me rappelle mon propre allaitement: les débuts difficiles, le reflux, la reprise du travail, les tirages, les conseils, les ordres et les remarques des pédiatres incompétents en allaitement et en reflux/allaitement… Tout y est :).
    Je suis admirative devant tant de pugnacité. Pour ma part, j’ai laissé tomber le travail aux 11 mois de ma fille. Les week-end et les tétées de nuit ne me suffisaient plus. Et j’étais épuisée.
    J’espère que ton petit ira de mieux en mieux et que tu retrouveras progressivement quelques heures de sommeil.
    David a une super-maman.

  5. Laetitia

    Je tiens simplement à vous féliciter et à vous dire que j’admire votre courage.
    Je me pose plein de question concernant mon allaitement et je trouve des réponses très réconfortantes.
    Merci pour vos temoignages

  6. plume rouillée

    C’est un témoignage qui montre plein de courage et de détermination… mais que ça fait mal de le lire.

    J’ai moi aussi eu un bébé avec un très fort, et je me souviens des nuits, mais surtout des journée, épuisante, avec un bébé qui pleure beaucoup, et qui n’est jamais bien. Et toutes ces tétés où il se tord de douleur….
    Mais on a eu une chance, c’est que le reflux de mon fils soit un reflux externe spectaculaire. Quand a chaque manipulation d’examen, il a repeint les vêtement de la pédiatre en hurlant, plusieurs fois au cours de la consult, elle a commencer a prendre ce reflux au sérieux. Et il a eu un traitement, qu’on a adapté et augmenté jusqu’à ce qu’il soit efficace. Il régurgitait toujours, ce qui n’était pas confortable, mais il n’avait plus mal. Et ça change la vie.
    Donc vraiment, si vous sentez que votre enfant a mal, insistez auprès des médecins. Ils sont parfois réticent à traiter le reflux chez le nourrisson, mais il existe des traitements efficaces. Je trouve ça inadmissible qu’aucun de ceux que vous avez consulter n’est essayer de soulager votre fils.

    Courage à vous deux, en vous souhaitant, que, comme pour nous, ce reflux s’estompe avec le temps.

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