Allaiter et travailler : le témoignage de Myrtille

  • allaitement et travailQuel choix avez-vous fait au moment de la reprise du travail : sevrage ou poursuite de l’allaitement ? Pourquoi ?

L’allaitement était avant même la naissance de ma fille une évidence ! J’ai été amenée à reprendre le travail à ses 6 mois, une reprise un peu chaotique avec un mode de garde qui n’a pas convenu et du rafistolage (ma maman, des congés sans soldes pour moi…) jusqu’à ses 10 mois pour me permettre de travailler. Mais de toute façon la poursuite de l’allaitement n’était pas négociable. Parce que je suis persuadée de l’importance pour la santé de ma fille de la poursuite de l’allaitement, mais aussi de l’importance qu’a la relation qui nait de l’allaitement pour sa sécurité émotionnelle et son équilibre cognitif.
Je ne suis pas en train de dire que les mamans qui choisissent de ne pas allaiter ou de ne pas poursuivre l’allaitement à la reprise du travail sont dans le faux, je partage juste un sentiment profondément ancré en moi qui fait que depuis très longtemps, avant d’être enceinte, je défends l’allaitement comme étant indissociable de la maternité.

  • Comment vous êtes-vous organisée ?

Ma petite gloutonne tète 3 à 4 fois la nuit depuis notre sortie de la maternité (14 mois maintenant). Du coup la dernière tétée de la nuit se fait vers 5h30 et avant de partir je lui propose une petite tétée. Au début, elle venait de commencer la diversification et la tétée était copieuse, et maintenant que je lui propose un fruit et du pain au petit déjeuner, la tétée varie en fonction des jours, et de la durée de la dernière tétée «nocturne».
Et puis j’ai loué un tire-lait compact et sans fil que je promène avec moi au travail et lors de mes déplacements. Je tire mon lait le midi et vers 16h00 ce qui me permet en moyenne d’avoir 170 à 220 ml par jour.
Mon petit crapaud n’a jamais tété beaucoup au biberon, elle boit maximum 160 ml chez ses nounous. Du coup je congèle le surplus ce qui me permet d’être plus sereine.
Ce qui est vraiment facilitant pour moi c’est que je dispose d’un bureau dans lequel je suis seule et qui me permet de tirer mon lait en toute discrétion et sérénité. Et par ailleurs je dispose d’un point d’eau et d’un frigo, ce qui m’apporte une réelle sérénité quant au respect de la chaine du froid et l’hygiène.
Aujourd’hui c’est une routine bien huilée, la tétée du matin avec le petit déjeuner, je tire mon lait après mon déjeuner (12 minutes au total pour obtenir 170 ml), éventuellement si mon emploi du temps me le permet je tire de nouveau mon lait vers 16h30 (12 minutes pour environ 120ml) et hop direction la Maison d’Assistantes Maternelles pour chercher mon crapaud.

  • Quelles ont été vos principales difficultés ?

Je retiens 3 difficultés majeures :
– Le plus difficile a été « l’avant reprise ». Je me suis créé des angoisses de toutes sortes. Aussi j’ai parcouru des heures et des heures des forums, et notamment celui de Véronique, qui me permettait de me projeter avec des témoignages rassurant mais aussi alimenter mes angoisses : confusions seins tétines ? quelle tasses à bec choisir (je refusais de lui proposer le biberon et au final j’ai cédé après quelques jours d’essais chez sa première nourrice) ? comment argumenter auprès de la nourrice pour l’utilisation de la tasse à bec vs le biberon ? comment faire comprendre le rythme spécifique de tétées (maximum 10 minutes) mais jusqu’à 25 tétées par jours ?

– Les premières fois avec le tire lait ne furent pas concluantes … 20 ml maximum. Et plus l’angoisse de ne pas parvenir à constituer un stock de lait était présente, moins je tirais mon lait efficacement, surtout que pendant ce temps, ma fille tétait allègrement, ce qui ne me laissait pas beaucoup de marge de manœuvre. J’ai fini par relâcher la pression et j’ai réussi à tirer de quoi nourrir ma fille 2 jours en lait congelé et le lait frais a pris la relève naturellement dès le deuxième jour de garde.

– Je dois toujours anticiper mes déplacements pour permettre le biberon du petit déjeuner donné par son papa, ceux de la journée et celui du soir avant que je rentre mais aussi ceux du lendemain. Les semaines qui précèdent, j’essaye de tirer plus pour stocker plus…. Et c’est toujours dans ces moments que des aléas vous tombent dessus : réunions qui s’éternisent, votre bébé qui tombe malade et vous restez avec lui… Mais j’y suis toujours parvenue, souvent dans le stress, mais le résultat était là. Le problème lors des quelques déplacements d’une journée (départ 5h00 retour 20h00) que j’ai été amenée à faire, c’est que je tire mon lait sans volonté de le conserver (chaine du froid pas respectée et je suis un psychorigide sur ce sujet). Du coup tirer son lait aux toilettes me coupe le réflexe d’éjection et savoir qu’une fois tiré, c’est direction « égouts » renforce la difficulté. Ces soirs là quand je rentre j’ai les seins comme des pastèques et ma fille a pour mission de téter !

  • Quels ont été vos meilleurs moments ?

Je ne vais pas mentir, la reprise du travail n’était pas pour moi un plaisir et si je l’ai fait c’est uniquement pour une raison financière. Alors parler de meilleurs moments…. Non je n’en ai pas eu. Pour autant c’est vrai qu’on parle souvent de la tétée retrouvaille, c’est devenu pour nous aussi un rituel doux qui nous amène, ma fille et moi, à ne rien faire pendant 10 minutes après notre arrivée à la maison. Juste être toute les deux. Et parfois même l’impatience a fait que je me suis assise sur le petit meuble à chaussures dans le sas d’accueil de la MAM ou ma fille est accueillie pour lui donner le sein…

  • Qu’est-ce que vous souhaiteriez dire aux mamans qui doivent faire un choix dans les semaines à venir ?

Écoutez votre cœur !!!!! Sincèrement, si votre bébé et vous n’avez aucune envie de mettre un terme à ce lien si doux qu’est celui de l’allaitement, alors donnez-vous les moyens et foncez !
Trouvez un tire-lait qui est compact qui vous permet de transporter votre lait avec des blocs de glaces. Trouvez-vous un endroit sur votre lieu de travail qui vous permet de tirer sereinement votre lait. Et en avant l’aventure !
Sincèrement ne vous arrêtez pas pour le regard des autres ou de votre hiérarchie. Il m’arrive de faire ma petite vaisselle quand certains de mes collègues (majoritairement des hommes) se trouvent en salle de pause. Au début j’étais discrète et maintenant je continue de l’être mais j’assume totalement la démarche surtout que la plupart sait que je tire mon lait. A une collègue avec laquelle je m’entends bien je dis « je vais au pré». Pour les mamans dont le métier est moins sédentaire que le mien, je pense que c’est une question d’habitude, une voiture peut devenir un endroit serein si on s’y sent bien à condition d’avoir de quoi stocker son lait convenablement.
Et puis surtout n’écoutez pas vos proches, vos amis, votre belle-famille, éventuellement vos parents, vos collègues et même trop souvent nos médecins qui vous diront que l’allaitement n’a pas de sens sur le long terme, que votre lait n’est plus bon, que cela vous fatigue trop, que vous devriez donnez du lait maternisé… j’ai une collègue qui vit l’aventure elle aussi et elle réponds à la question « tu comptes l’allaiter jusqu’à quand ? bah jusqu’à ses 18 ans et après elle choisira … »

  • Ce serait à refaire, vous referiez le même choix ? Que changeriez-vous ?

Bref, si c’était à refaire…. Sans hésitation oui je le referais ! En revanche, j’essayerais de ne plus me prendre la tête et d’angoisser avant l’heure (facile à dire…), en tout cas pour mon deuxième je me ferai confiance et surtout je lui ferai confiance. C’est ce qui m’a fait rater quelques doux moments d’endormissement au sein parce que pendant que mon crapaud tétait en fermant ses jolis yeux, moi je cherchais compulsivement sur internet des réponses à mes angoisses. Mais bon, il fallait bien avoir une première fois. Reprendre le travail c’est déjà renoncer à une partie de son rôle de maman, c’est accepter les règles d’une tierse personne qui vous impose plus ou moins sa façon de faire pour votre petit bout, alors continuer à lui permettre de boire notre lait, c’est un peu l’accompagner pendant notre absence.
Aujourd’hui ma fille a 14 mois, elle est diversifiée depuis ses 6 mois et continue à téter à la demande, et je continuerai jusqu’au sevrage naturelle. Pour finir, si je peux conseiller un ouvrage, certes très psychosociale, mais tellement décomplexant pour tout parents qui s’engage dans l’aventure de l’allaitement : « L’allaitement long expliqué à mon psy, mon généraliste mon pédiatre, ma voisine…, Agnès Vigouroux, Editions du Hêtre, 2015. »

Je vous souhaite à toutes un bel allaitement !!

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